Paroles de "Akinlana"

(Akinlana : prénom du Nigéria qui signifie “Brave”)

Couplet 1

Je me souviens des chants dans la nuit
Des étoiles dans le ciel à l’infini   
Quand les avions soudain ont surgi
Craché le feu dans leur furie

J’ai vu les pierres se soulever
La peur monter
Le souffle t’emporter

Qu’est-ce qu’on a fait
Pour mériter
D’être né……

Dans cet Enfer
De sang, de poussière
Pour quoi faire ?

Où sont passés
Ceux que j’aimais
Ces vies déchirées
Pour l’Éternité

Destinées brisées
Sacrifiées
À jamais

Couplet 2

J’ai voulu fuir la guerre et la misère
Échapper à la mort ordinaire
M’embarquer pour une autre terre
Sur le rafiot pourri de mercenaires

J’entends par une nuit sans lumière
De pauvres hères
Disparaître en mer

Qu’est-ce qu’on a fait
Pour mériter
D’être noyés

Quand on voulait
Juste exister
Vivre en paix

Refrain 1

Akinlana
D’ici ou de là
Akinlana
N’abandonne pas

Couplet 3

Je ne sais si je pourrai le refaire
Traverser la mer et le désert
Rester en vie, endurer ce calvaire
Cauchemar d’un nomade suicidaire

Je croyais pourtant trouver ailleurs
Une vie meilleure
Sans peur et sans douleur   
   
Qu’est-ce qu’on a fait
Pour mériter
D’être humiliés

J’veux retrouver
Ma dignité
Être accepté

Refrain 2   

Akinlana
Une grande âme il a
Akinlana
Du courage et la foi

Refrain 3   

Akinlana
N’a plus que toi
Akinlana
Pour n’être plus un paria

Final

Récit d’un réfugié       
Veilleur épuisé
Souvenirs piétinés
Des douleurs passées
Comme fleuve asséché
Mémoire fatiguée

 
 

Mon voyage pour rencontrer Akinlana

Je me souviens avoir écrit ce texte alors que j’accompagnais une amie et son copain d’alors à l’enterrement du grand-père de celui-ci.

Il y avait un grand soleil dans le ciel d’hiver, un ciel d’un bleu indécent en ce jour de deuil. “Belle journée pour mourir” comme disait le chef indien dans le film “Little Big Man”.

Ce vieil homme avait été, en son temps, un émigré. Je ne l’avais jamais rencontré. Je crois bien.

Après mûre réflexion, j’ai fini par me décider de ne pas accompagner mon amie et son copain à l’enterrement du grand-père. J’ai garé la voiture contre le mur de pierres moussues du cimetière dans une rue étroite, en pente et sans lumière, pris mon carnet, et dans la froide solitude de cet instant étrange, j’ai laissé mon esprit vagabonder vers d’autres cieux qui seraient peut-être plus cléments.

Je me suis mis alors à penser à ces gens qui n’ont pas demandé à voir le jour dans ces pays tellement invivables où leur liberté, leur survie, leur vie quelquefois… sont mises à si rude épreuve – et c’est un euphémisme.

Il faut vraiment que ce qu’ils ont eu à endurer soit proprement insupportable pour trouver la détermination et la force de tenter ce voyage mortel vers des terres qu’ils imaginent meilleures, sans pour autant croire complètement qu’ils pourront un jour atteindre ce havre bienveillant dont ils ont tant rêvé. Mais, sans doute ce risque insensé vaut-il encore mieux que de rester attendre sur place, paralysé par la peur, ce qui pourrait se produire de tellement inquiétant et douloureux à chaque instant.

Quelle chance insolente pour moi – pour nous – d’avoir été parachuté(s) sur cette Terre en un lieu où, tout compte fait, il n’est pas si désagréable que cela de mener notre existence relativement paisible. Du moins, si l’on compare la nôtre à la leur.

Étranges destinées que celle des Hommes ! On peut se poser la question de la justice, de l’équité, en ce qui concerne les destins des uns et des autres. Ces pauvres gens n’ont jamais demandé à voir le jour dans ces contrées inhospitalières à tous points de vue, pas plus que nous avons choisi d’atterrir là où nous sommes, c’est-à-dire, ici. Et, curieusement, nous avons tous été des Akinlana en un temps qui se perd dans les brumes lointaines de notre histoire humaine.

Dans nos sociétés “modernes” héritières des grands empires coloniaux de la planète, il est d’usage de penser, apparemment, que la terre nous appartient, voire, que la Terre ou tout au moins ce morceau de Terre où nous avons posé les pieds est à nous : ce serait notre propriété indiscutable.

On peut se poser bien des questions à ce sujet et ces questions peuvent paraître déplacées aux yeux de certains. Et pourtant, c’est une réalité à laquelle il ne m’est pas possible d’échapper.

Si l’on s’imprègne profondément de la brièveté de nos existences, de l’immensité de l’Univers, de notre planète, de l’histoire qui nous a portés jusqu’à ce jour sur des millions et même des milliards d’années d’évolution, c’est plutôt nous qui appartenons à la Terre et non l’inverse, non ?

Fort de ces réflexions, je pris mon crayon et commençai à écrire quelques mots qui émergeaient de mon cerveau quelque peu engourdi par le froid qui commençait à envahir la voiture. Pas de moteur qui tourne, donc pas de chauffage. Pas très confortable, tout compte fait.

Ça commence toujours comme ça. Quelques mots atterrissent sur le papier, se regroupent, se séparent à nouveau, puis vont chercher d’autres partenaires pour un moment, et la danse se poursuit ainsi jusqu’à ce que quelques-uns finissent par décider de faire un petit bout de chemin ensemble… Et ainsi de suite.

Akinlana. Je me mis petit à petit à voir cet homme courageux qui, au mépris du danger, pris un jour la décision de se mettre en marche vers une terre plus hospitalière.

Il s’attendait sans doute à un accueil plus chaleureux que celui qu’on lui aura très probablement réservé… Encore que.

Nous sommes tous Akilana…

Tout à coup, j’entendis des voix près de moi qui me firent sortir brutalement de ma rêverie. Mes amis étaient de retour. Je rangeai rapidement mes notes secrètes et nous primes la route du retour. Quant à moi, silencieux, j’avais toujours la tête pleine des images d’Akinlana.